Une nuit de sommeil est une succession de cycles, au cours desquels nous passons par les différents stades du sommeil. De la variété et de l'enchaînement de ces cycles dépend la qualité de notre récupération...
Une nuit "normale" compte en général 8 heures de sommeil.
Dans ces 8 heures, il y a une moitié du temps total, passé en sommeil léger (à savoir le stade 2) qui sert à la préparation, c'est-à-dire à la mise au repos des différents organes du corps.
Environ 2 heures, c'est-à-dire 25% du temps de sommeil sera consacré au sommeil lent profond, c'est-à-dire au temps de la récupération physique : c'est le moment où le corps se répare, où le sujet reprend ses forces, et c'est d'ailleurs ce stade là qui donnera au dormeur l'impression d'avoir bien dormi.
Le dernier quart du temps de sommeil est consacré au sommeil paradoxal, c'est-à-dire au sommeil des rêves : ce stade est consacré à la récupération mentale ou psychique, et intervient dans la restauration de l'humeur et dans la mémoire.
La succession des différents stades se réalise durant la nuit de manière cyclique.

Un cycle de sommeil doit se comprendre comme la succession d'un stade de sommeil lent, léger ou profond, et d'un stade de sommeil paradoxal.
En début de nuit, durant les 2 ou 3 premiers cycles, le sommeil léger s'associe au sommeil profond, et chaque cycle se termine par 20 ou 30 mn de sommeil paradoxal. Sur une nuit moyenne, 5 cycles de 90 mn sont obtenus et chaque cycle se termine par le sommeil paradoxal.
En deuxième partie de nuit, les cycles comportent du sommeil léger et du sommeil paradoxal, et il n'est pas du tout habituel de trouver du sommeil profond dans le dernier tiers de la nuit.
Tout se passe comme si la récupération physique devait avoir lieu en premier, et qu'au contraire la récupération psychique était davantage l'apanage de la fin de la nuit. C'est d'ailleurs pourquoi, lorsqu'un sujet manque de sommeil parce qu'il s'est couché tard ou parce qu'il s'est levé tôt, il aura toujours eu l'occasion de se restaurer sur un plan physique en réalisant son sommeil profond, et notamment les 2 heures qui lui sont nécessaires pour réparer ses organes. Par contre, si son sommeil a été plus court que d'habitude, il va manquer de sommeil paradoxal, et cela va jouer d'abord sur son caractère, voire sur sa mémoire ou son attention. Pourtant, la fatigue existera durant la journée, et le sujet aura souvent l'envie précoce de se recoucher le soir suivant.
Ce n'est pas en dormant plus longtemps que le dormeur privé de sommeil va récupérer: après une nuit raccourcie, la quantité de sommeil lent profond de la nuit suivante va augmenter au détriment du sommeil léger de préparation. C'est-à-dire qu'au lieu de faire 120 mn de sommeil profond comme d'habitude, le sujet, après une privation de sommeil, va pouvoir dormir 2 heures ½ à 3 heures de sommeil profond, selon bien sûr l'importance de la privation. La récupération ne se fait pas par la longueur du sommeil, contrairement à une idée reçue, mais elle s'effectue par la profondeur. Il est établi que seul le sommeil lent profond est lié à une dette de sommeil. Il n'y aura pas, après une privation, d'augmentation du temps de sommeil léger, bien au contraire, ni une augmentation du temps de sommeil paradoxal.
Ainsi le temps total de sommeil n'influence en rien la qualité de récupération. Une personne qui est long dormeur va, chaque nuit, réaliser au moins 6 cycles de sommeil, soit une durée de 9 heures. Mais la quantité de sommeil lent profond sera toujours de 2 heures, et seul le sommeil léger, c'est-à-dire le sommeil de préparation, va être augmenté. C'est comme si le long dormeur avait besoin d'un temps plus long de préparation de son corps à la réparation fournie par le sommeil profond.
A l'opposé, la personne court dormeur est un sujet qui réalise durant sa nuit 4 cycles, soit 6 heures de sommeil. Il n'en sera pas pour autant plus fatigué puisque aussi bien durant ses 6 heures de sommeil il aura réalisé les 2 heures de sommeil lent profond nécessaires à la récupération ; ce qui va être modifié, c'est la quantité de sommeil léger, c'est-à-dire le temps de préparation. Le petit dormeur est capable, très rapidement, de mettre ses organes au repos pour pouvoir entrer dans le sommeil de réparation.
Dr Jean-Luc SCHAFF
Clinique du sommeil et de la vigilance
Service de Neurologie - CHU Nancy