Victime d'un accident de la route, Aurélie Deshayes est devenue paraplégique à 23 ans. Rencontre.
Aurélie Deshayes n'est pas prête d'oublier ce matin du 26 décembre 2005 :Alors que cette brillante étudiante en 4e année à la faculté du sport, judokate accomplie, prépare le Capeps pour devenir enseignante, le destin lui réserve une bien mauvaise surprise. Une plaque de verglas, un coup de frein malencontreux et voilà comment, du jour au lendemain, Aurélie Deshayes se retrouve privée de ses deux jambes.
« Quand le médecin m'a annoncé que j'étais paraplégique, je ne savais pas trop ce que cela voulait dire », raconte-t-elle. « Et puis je me suis mise à pleurer ». En un quart de seconde, Aurélie Deshayes venait de voir sa vie basculer. Tous ses projets venaient de s'envoler en fumée. «On ne peut pas sortir seule d'une telle situation », clame-t-elle. « Ma famille et mes amis m'ont énormément aidée. C'est grâce à eux que j'ai pu faire le deuil de mon ancienne existence. Car depuis mon accident, j'ai bel et bien débuté une autre vie».
Ainsi, dès sa sortie du centre spécialisé de Lay-Saint-Christophe, son club de judo de Château-Salins lui a offert un emploi de secrétaire. «En parallèle, j'ai passé deux concours. Un pour devenir conseiller principal d'éducation dans un établissement scolaire et l'autre pour travailler pour Jeunesse et Sports en tant que professeur de sport ».
Reçue à ses deux concours, l'ancienne championne universitaire de judo opta pour devenir fonctionnaire pour le ministère de Roselyne Bachelot. «Aujourd'hui, je travaille à la direction régionale de Jeunesse et Sports à Nancy», poursuit-elle. «Une de mes tâches consiste à travailler avec les établissements scolaires afin d'améliorer l'accessibilité des lieux aux élèves handicapés. Et je peux vous dire que deux petites marches peuvent être un véritable casse-tête quand elles sont positionnées à l'entrée d'un magasin. Avant mon accident, je me garais sur le trottoir. Je me rends compte combien j'avais tort».
A partir de la rentrée prochaine, sa mission va aussi consister à mettre en contact des collégiens avec les clubs sportifs. «Suite à une décision du Parlement, la pratique sportive sera désormais gratuite pour les collégiens», souffle Aurélie. Femme de tempérament, Aurélie Deshayes ne s'est jamais laissé abattre. «J'ai bien eu un coup de blues lors du mariage d'un de mes amis lorsque j'ai constaté que je ne pouvais plus danser», reconnaît-elle. «Mais depuis, les choses se sont arrangées, d'autant que les filles de l'équipe de France de basket handisport m'ont montré comment on dansait en fauteuil». En effet, alors qu'elle n'aurait jamais pu prétendre entrer dans le club France comme judokate valide, Aurélie Deshayes fait partie, tout comme Valérie Monnier, sa partenaire de club, de l'équipe de France de basket. «Je porte les couleurs de l'équipe de Vandœuvre depuis seulement 18 mois», avoue-elle. «Je passe aussi beaucoup de temps à nager».
Aurélie Deshayes a définitivement tourné la page. Le visage illuminé par un sourire radieux, elle croque la vie à pleines dents.
Une sacrée leçon.