Un réseau est presque l'antithèse de la pyramide hiérarchique. Travailler en réseau : indispensable demain ! Mais comment travailler en réseau ? Qui a le(s) pouvoir(s) ? Qui fait autorité ? Comment allier efficacité immédiate et convergence/cohérence des décisions ? Qui décide quoi, en somme, au sein d'un réseau ? Comment fonctionner efficacement hors référence hiérarchique ? C'est là tout le défi des organisations de demain.
Face à ces incroyables turbulences et instabilités externes, de plus en plus d'entreprises s'organisent en réseau. Le mot devient à la mode et l'on oublie parfois quel est son sens profond.
Un réseau, c'est un ensemble de nœuds autonomes reliés par des liens souples et variables. Autonomie, souplesse, variabilité : encore trois antonymes du mot "hiérarchie".
Deux types de réseaux s'organisent sous nos yeux.
Les réseaux externes qui voient se relier des entreprises indépendantes mais complémentaires selon des logiques de partenariat, d'externalisation ou de sous-traitance.
Les réseaux internes qui voient de grosses entreprises naguère monolithiques se reconstruire en maillage d'entités, souvent appelées "business units", jouissant d'une autonomie plus ou moins affirmée.
Pourquoi ces émergences ? Tout simplement pour faire risette à Esope à travers "le chêne et le roseau" de ce bon Jean de La Fontaine : le roseau plie mais ne se rompt pas. Le réseau s'adapte mais ne casse pas.
Lorsque le monde devient une mer tempétueuse, le filet de flotteurs qui s'étend par-dessus et s'adapte aux houles, résistera bien mieux et avec bien moins d'efforts que les rigides constructions de bois et de pierres que l'ouragan emportera. Les habitations souples en bambou tressé résistent bien mieux aux séismes que les lourds immeubles de briques, béton et verre.
Vieille dialectique entre le vivant qui s'adapte et le minéral qui résiste.
Le monde incertain et chaotique qui est durablement le nôtre aujourd'hui, appelle à grands cris de nouvelles modalités organisationnelles dont les mots clés, on l'a vu, sont autonomie et adaptabilité, afin de répondre aux sollicitations exacerbées, multiples et perpétuelles de nos milieux devenus fous.
Elles doivent répondre à la vitesse par de la vitesse anticipative ; elles doivent répondre à la complexité par de la complexité créative. Les structures hiérarchiques, elles, ne peuvent répondre à la vitesse que par de l'inertie, et à la complexité que par de la complication : deux réponses totalement inadéquates. Nos nouvelles organisations ne pourront pas être et ne seront donc pas hiérarchiques. Elles seront réticulées.