La durabilité est la réponse actuelle aux problèmes posés par les gabegies et pillages liés à l'hyper-industrialisation conséquente à l'hyper-consommation. Mais qu'est-ce qui doit "durer" ? Et pour quoi faire ?
Le monde qui vient devra se construire en "durabilité", mais il sera extraordinairement nomade et impermanent. Les cycles d'obsolescence de tout : les marchés, les technologies, les règles, les valeurs, les modes, deviennent de plus en plus court. Comment allier l'indispensable durabilité avec ce qui semble conduire toujours plus à l'éphémère ? La réponse est toute là : c'est le projet (la volonté) qui sera durable au-delà de l'impermanence foncière.
Au sens strict, le principe de l'économie durable est d'assurer la durabilité de la vie humaine sur Terre en restaurant au moins l'équivalent des ressources naturelles que nous consommons.
Si l'on abat un arbre, on en replante deux ; etc ...
En un mot, il s'agit de faire tout ce qu'il faut pour que nos descendants puissent vivre une vie au moins aussi décente que la nôtre sur Terre dans toutes les générations à venir.
Même en ce sens strict, le principe d'économie durable a ses limites.
D'abord, tout n'est pas renouvelable : le pétrole brûlé est définitivement et irréversiblement détruit et les énergies dites renouvelables sont, par essence, thermodynamiquement "faibles" et ne pourront jamais subvenir aux besoins humains. Alors ? Durabilité économique ne signifie pas forcément écologisme politique, loin s'en faut.
Ensuite, que remplacer par quoi ?
Si l'on abat un arbre, on en replante deux, soit ! Mais plutôt abattre un pin (les résineux acidifient et stérilisent les sols) et planter deux chênes. Mais ce faisant, nous transmettons aux générations qui suivent une nature de plus en plus différente que celle que nous connaissons. Durabilité ne signifie donc pas conservatisme.
Le principe de durabilité se généralise assez vite : face à la société de la consommation effrénée, de l'effet "kleenex" généralisé, du rythme accéléré des obsolescences de tout, partout, du toujours plus et plus vite, émergent d'autres comportements qui s'inscrivent clairement dans la durée, qui "usent" les choses avant de les remplacer, qui réparent les choses plutôt que de les jeter, qui respectent les êtres et les choses en leur prêtant soin et attention.
Globalement, le principe de durabilité en économie est l'antidote aux gaspillages de tout par tous, le refus du "tout jetable" (humains compris), la volonté de "vivre autrement".
Philosophiquement, il remet en cause notre relation au temps contre l'effervescence stérile et frénétique du "modernisme".
Il réinscrit l'homme dans une durée qui le dépasse.
Il replace l'existence humaine au sein de l'évolution cosmique et tâche de rétablir l'harmonie perdue entre elles.
Il se révolte contre l'hédonisme égotique de notre époque dégénérée où le "après moi, les mouches" fait force de loi, tant dans nos vies privées que dans la vie politique et économique.